Artistes et artisans en création au Centre Culturel OUADADA lors des Ateliers Africains Du Design 2012 au Bénin

C’est un design africain où fantaisie de la nature toise la ligne géométrique du fabriqué. La fragilité du bois de goyavier adoucit  la dureté du fer.

Le froid du métal est tempéré par la douceur du bois. La qualité des matériaux est ennoblie par les chaudes couleurs qui les parent.

De cet entre-deux naissent des objets qui transfigurent l’épaisseur du quotidien. Comme  la navette du tisserand, « Dhébyo-Dhémè », est un va-et-vient entre passé et présent, savoir communautaire et talent de l’artiste. Et les œuvres sont à la (de)mesure de la dextérité de l’artisan et du génie de l’artiste.

Le savoir-faire de la tresseuse Blandine Zindozin s’associe à l’art de la récupération de Donatien Alihonou  pour créer une série de tabourets et tables basses originaux et écologiques.

Le vieux pneumatique d’Ezéchiel Méhomè retrouve du lustre avec le tressage d’osier qui le sertit comme une couronne.

Quant à Virgil Nassara, après un compagnonnage de plus d’une décennie avec une moto devenue poussive, il lui redonne une seconde vie  en en faisant le support d’un guéridon.

Ce sont des œuvres sémantiquement et historiquement lestées, porteuses de récits qui les installent dans l’imaginaire et l’affect des utilisateurs.

Les artistes de « Dhébyo-Dhémè », ont créé des objets robustes et raffinés qui se départissent  du design de pur esthétisme et de l’obsolescence programmée. Parce que ces objets sont au service de l’homme, ils ne sont pas conçus pour l’entraîner dans un effréné désir de consommation. La philosophie qui sous-tend la démarche des créateurs est de mettre le design à la portée du plus grand nombre, et surtout du moins nanti, de ne pas l’inscrire dans un design prédateur de l’environnement.

D’où l’utilisation par tous ces artistes de matériaux locaux et surtout l’inclination commune de recycler des objets usagés pour assainir leur cadre de vie.

Il ne s’agit pas d’un plongeon rimbaldien au fond de l’Inconnu pour ramener du nouveau. Mais de tresser la nouvelle corde au bout de l’ancienne selon la bonne vieille sagesse africaine : puiser plus profondément en soi et dans le puits de savoirs communautaires dans le but d’abreuver les contemporains avec des créations qui font sens. Une démarche plus proche de l’alchimie baudelairienne.  Car l’artiste transforme la ferraille rouillée et le pneumatique usé en mobilier attrayant. Comme on changerait la boue en or !

Il y a aussi des créations qui ne sont que luxe, ordre et beauté. Comme « le lustre vénitien » de Visaac nommé à juste titre « le lustre de Porto-Novo » qui est une fontaine de lumière. Ou le grand canapé, à l’allure royale, aux angles carrés comme des épaulettes d’officier.

Large et majestueux, il est revêtu d’un tissage traditionnel d’Abomey couleur or de soleil couchant. Harmonie des formes et des tons qui apaisent et invitent à s’oublier dans le moelleux de ses coussins.

« Le design, c’est l’art d’enchanter l’existence quotidienne par les formes » Stéphane Vial

Texte : Saidou Bari