Histoire du Bénin

Le pays a été baptisé Bénin par Mathieu Kérékou, qui l’a dirigé de 1972 à 1990, puis de 1996 à 2006. On raconte qu’il a choisi cette dénomination en référence au prestigieux royaume de Bénin dans le Nigeria précolonial.

Avant 1975, le territoire était appelé Dahomey, interprétation par les colons français de Danhomè, nom de l’ancien royaume d’Abomey. Ce dernier constituait en effet l’entité la plus remarquable du territoire à l’époque précoloniale du fait de son organisation politique et de sa participation à la traite négrière du XVIIè au XIXè siècle. Plusieurs royaumes existaient alors qui étaient érigés sur la base de l’appartenance ethnique et régis par la coutume (ensemble de lois) définie et connue de tous. Il y avait ainsi les royaumes d’Abomey, de Hogbonou (actuelle Porto-Novo), Ouidah, Savi, Allada, Kétou, Dassa, Djougou, Nikki, etc. Les frontières de ces royaumes changeaient au gré des affrontements qui les opposaient et des conquêtes territoriales qui en résultaient. Des vestiges de cette période demeurent à Abomey, Porto-Novo, Ouidah, Kétou, Dassa…

Vers 1700, l’arrivée des occidentaux par la côte joua un rôle considérable dans la modification des rapports liant ces royaumes, leur organisation politique et leur économie. En effet, le comptoir dahoméen était convoité pour son huile de palme (composant essentiel du savon de Marseille) et pour ses populations destinées à l’esclavage. Chaque nation (Portugais, Danois, Français, Anglais) installait donc sur la côte des « factoreries » destinées à l’échange commercial. Les marchandises étaient ainsi prêtes à être embarquées et convoyées par la mer dans diverses destinations. C’est ainsi qu’a débuté la diaspora noire vers d’autres continents. Entre 1707 et 1731, les bateaux négriers du seul port de Nantes effectuèrent au départ de Ouidah le transfert de 43 000 personnes qui allaient devenir des esclaves (Cf. Le Bénin des talents, Editions Cauris, 2006).

L’histoire de cette période est communément caractérisée par l’influence des « 3 M » : les Missionnaires, les Marchands et les Militaires. Les Missionnaires visaient l’évangélisation de peuples qualifiés d’ « ignorants » et de « païens ». Les Marchands recherchaient l’approvisionnement de leur nation en certaines matières premières. Quant aux Militaires, ils avaient pour mission d’agrandir l’assise de leur patrie à travers le Monde en conquérant le plus de territoires possible.

Ainsi, après de nombreux affrontements mêlant les autochtones, les anglais, les allemands et les français, ces derniers parvinrent à asseoir progressivement leur domination grâce à des traités de protectorat d’abord locaux (Grand Popo, Porto-Novo) puis grâce à leur victoire face au roi résistant d’Abomey, Béhanzin (surnommé Kondo le Requin). En 1894, un traité de protectorat fut signé faisant du Dahomey une colonie française. En 1904, celle-ci intégra la fédération de l’Afrique Occidentale Française (AOF).

Les rapports sociaux entre le colon et l’autochtone étaient régis par le code de l’indigénat qui s’inscrivait en complément aux décrets réglementant le travail indigène. Ce code reposait sur le postulat de l’incapacité de l’Africain à s’autogouverner et en faisait un sujet asservi, contraint aux corvées qu’on lui assignait. Certains autochtones n’étaient cependant pas soumis à ce régime et appartenaient à la catégorie des citoyens français : ils disposaient donc de leurs droits. Mais cette différence de traitement allait créer une profonde fracture sociale…

La colonisation donna lieu au développement considérable de diverses cultures d’exportation : kapok, palmier à huile, café et tabac. La commune de Pobè offre un aperçu tangible de l’exploitation du palmier durant cette période : outre les palmiers vieillissants qui s’étendent à perte de vue, chemins de fer, usine en ruine, villas coloniales, centre de recherche agronomique… témoignent de l’intérêt des français porté à ce produit.
La colonisation, c’était aussi l’installation d’infrastructures de santé et l’instauration du système scolaire qui permettait la formation des cadres subalternes de l’administration coloniale.

Pourtant, cette domination non négociée ne faisait pas l’objet d’un consensus. Ainsi, très vite, les populations menées par leurs chefs traditionnels – qui lorsqu’ils n’avaient pas été supprimés, avaient vu leur rôle réduit à un titre honorifique – se soulevèrent contre l’autorité française, contestant ses exigences fiscales et les recrutements forcés pour la Première Guerre Mondiale.

L’élite dahoméenne se structura peu à peu autour d’une volonté de réaménagement du système colonialiste (référendum du 28 septembre 1958 : les populations se prononcent en faveur d’un Dahomey membre de la Communauté française) avant de s’orienter avec la Côte d’Ivoire, la Haute-Volta (actuel Burkina Faso) et le Niger vers l’indépendance. La fête nationale du 1er août célèbre ainsi chaque année le jour de l’indépendance acquise en 1960 par le Dahomey.

Ce nouveau statut engendra une instabilité durant douze ans. Les dahoméens devaient consolider leur souveraineté nationale : politiquement comme économiquement, une restructuration de fond était nécessaire. Ce fut le début d’une série de coups d’Etat. Ne parvenant pas à s’entendre sur un type d’organisation politique défini, civils et militaires gouvernèrent alternativement. Sur le plan économique, il fallait reconsidérer les bases de cet Etat qui ne fonctionnait jusque-là que sur les recettes fiscales. Sur le plan social, c’est un ensemble de peuples qui devaient se trouver un nouvel équilibre. Une véritable crise identitaire commençait.

À cette époque, le contexte international de guerre froide agissait sur les nouveaux dirigeants africains. Cherchant à offrir un mieux-être à leurs populations très majoritairement rurales et donc particulièrement nécessiteuses, la doctrine communiste en séduisit certains, dont le Bénin. Ainsi, en octobre 1972, le coup d’Etat du commandant Mathieu Kérékou (ex-militaire de l’armée française) allait orienter le pays dans cette voie jusqu’à la chute du marxisme-léninisme en 1989. Cette période dite « révolutionnaire » entraîna le pays dans un marasme politique et économique, une crise sociale exacerbée par le durcissement du régime et la répression arbitraire.

Finalement, en 1990, le Bénin connut le début d’une nouvelle ère dite du Renouveau Démocratique. La Conférence nationale des Forces Vives de la Nation fut formée : elle réunissait les représentants des diverses couches sociales béninoises et avait pour mission d’élaborer une nouvelle Constitution garantissant le respect des droits de l’Homme, des libertés fondamentales, des principes démocratiques et de définir les nouvelles orientations économiques. Nicéphore Soglo prit la tête du gouvernement formé à sa suite.

Aujourd’hui, la République du Bénin est une véritable démocratie. Présidé par Thomas Boni YAYI depuis mars 2006, le Bénin fait figure d’exemple en matière de transition démocratique réussie en Afrique de l’Ouest comme sur tout le continent et même au-delà. Il est réputé pour sa stabilité politique, le respect de ses engagements internationaux et sa politique de lutte contre la corruption, fléau qui mine nombre de ses voisins.